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GORILAS HERMANOS

Par Didier Agid, le Vendredi 14 octobre 2011            2 Commentaires            Partager sur: Tweet cette article !
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En dehors de la francophonie, il n’y a qu’un seul monde où une chanson de Brassens ait eu un succès grand public, c’est le monde hispanique. On le doit à Paco Ibáñez qui a eu les c… je veux dire le culot de chanter La mala reputación à Madrid, en 1968, sept ans avant la mort de Franco ! Et, entre Franco et lui, y’avait pas les Pyrénées. Il a raconté : « « Que la música militar nunca me pudo levantar…» [adaptation de : La musique qui marche au pas, cela ne me regarde pas] Le public, déchaîné, s’est levé à trois reprises en un formidable soulèvement sous le regard menaçant des «grises» [policiers hommes de main des franquistes]. Un miracle que j’aie pu aller jusqu’au bout de la chanson ! » Après moult brimades, il est interdit en Espagne en 1971, et entre Franco et lui, y’a eu de nouveau les Pyrénées. Mais Paco n’a cessé de le conspuer, lui et tout ce qui lui ressemble, de rendre hommages à leurs victimes. En Uruguay, des femmes lui ont raconté qu’elles ont mieux pu résister aux tortures en se répétant sa chanson Palabras para Julia composée sur le poème de l’espagnol José Agustín Goytisolo « La vida es bella, ya verás… » (La vie est belle, tu verras…). Il est retourné en Espagne en 1990.

Les Espagnols n’ont pas oublié, comme on l’entend sur cette vidéo de Paco à Barcelone, vue plus de 500 000 fois. Il a enregistré un CD où l’on retrouve, outre ce titre, neuf autres titres traduits par un Français, Pierre Pascal. Brassens, qui ne parlait pas espagnol, en a chanté cinq transcrits en « phonétique ». Deux sont hélas perdus et les trois autres, se trouvent sur le CD 17. Normalement, on traduit vers sa langue maternelle, ce qui n’est pas le cas de Pierre. Comme j’en faisais la remarque à Paco, il me répondit, péremptoire : « Alors, Pierre a deux langues maternelles ! » Il a toujours près de lui le livre des partitions de Brassens qu’il aime qualifier de « Jean-Sebastien Bach de la chanson française ». Son CD de chansons de Brassens en espagnol est une merveille. Son Testamento pourrait (presque) rivaliser avec l’original.

Quel bonhomme ! Toujours bon pied, toujours simple, toujours anar (indigné !), armé seulement de poèmes… ça ne vous rappellerait pas quelqu’un ?

Georges Moustaki m’a dit : « Paco, c’est plus qu’un ami, c’est un frère », et Paco se sent en bonne fraternité avec ce gorille, allez savoir pourquoi…   (inutile de chercher, Paco n’a jamais enregistré Le gorille).

2 commentaires sur "GORILAS HERMANOS"

  1. C’est un fait, Paco Ibáñez n’a jamais enregistré « Le gorille », par contre, Franco (si saigneur…) lui, aurait pu hélas déclamer : « Garrot au gorille! »
    Je sais, Séville comme attitude, à l’inverse de celle de Paco, dont le courage et le talent imposent le respect. Quel magnifique interprète de Brassens !
    Saluons au passage, la mémoire de son frère, Roger Ibáñez, qui fut un des excellents acteurs du téléfilm de Jean Prat : « L’Espagnol » dont Bernard Clavel, ami de Brassens, réalisa le scénario, tiré de son roman.
    Lequel Brassens, invité par Bernard Clavel, à l’émission de télévision de Bernard Pivot, « Apostrophes », déclara aux militaires, eux aussi invités, qui lui témoignaient de la sympathie :
    « Je vous en prie, messieurs, ne dites pas tant de bien de mes chansons, vous allez me faire perdre mon public ! »
    Tout le monde prêta une oreille attentive aux propos de Georges, sauf les sourds, bien entendu…

  2. « Que, surr un airr de fandango,
    Que, surr un airr de fandango,
    On congédi’ le vieux Frranco,
    On congédi’ le vieux Frranco,
    Mais il y’a peu de chances qu’on
    Détrrône le king des kongs. »

    Je ne parle pas bien sûr de Paco Ibáñez, mais plutôt du célèbre quadrumane qui, sur la photo ci-dessus, semble demander à Paco:
    « Dis donc toi, avec l’accent que tu te payes, ne serais-tu pas une femme de ménage portugaise ? »

    Noël au maquis, Paco (p)primé…

    Pas tout à fait, puisqu’à deux reprises, il déclina la médaille des Arts et des Lettes proposée par le ministre de la culture Jack Lang.

    « Nul ne dise, dans le pays,
    « Le joueurr de guitarr’ a trrahi. »
    Et Dieu rreconnaisse pourr sien
    Le brrave petit musicien ! »